Bilan de fin de saison trail : ce que ton mental peut t'apprendre pour la saison prochaine

Ta saison est finie.

Tu as ouvert Strava, regardé ton dénivelé cumulé, tes chronos, peut-être un nouveau record personnel. Tu sais exactement combien de kilomètres tu as avalés cette année.

Mais est-ce que tu sais ce qui s'est passé dans ta tête ?

La plupart des coureurs font leur bilan de saison avec des chiffres. Presque personne ne fait le bilan de ce qui s'est joué mentalement.

Et pourtant, c'est souvent là que se cache ce qui fera la différence la saison prochaine.

Le bilan que tout le monde fait et celui que personne ne fait

Le bilan chiffré, tu sais le faire seul.

Il est utile. Il te permet de voir ta charge d'entraînement, ta progression, tes performances et ce qui a changé physiquement au fil des mois.

Mais un chrono ne dit rien de l'état dans lequel tu étais au départ.

Il ne dit pas que tu as passé les 20 premiers kilomètres à te demander si tu allais tenir.

Il ne dit pas que tu as failli abandonner à cause d'une pensée, pas d'une crampe.

Il ne dit pas non plus que tu as atteint ton objectif, mais que tu as passé trois heures crispé, sous pression, sans réellement profiter de ta course.

C'est là que le bilan mental devient intéressant.

Parce qu'une saison peut être réussie sur le papier et pourtant te laisser avec des choses importantes à comprendre.

Trois moments de ta saison qui en disent plus que ton classement

La course où tu rates ton objectif, mais où tu as été solide mentalement

Tu connais peut-être ce genre de course.

L'objectif n'est pas atteint. Le chrono est décevant. Sur Strava, elle ressemble à une course ratée.

Et pourtant, quand tu y repenses, tu étais lucide du départ à l'arrivée.

Tu as géré un passage difficile sans paniquer. Tu as adapté ton allure quand les jambes ont commencé à fatiguer. Tu as accepté que la course ne se déroule pas comme prévu.

Ce n'est pas un échec mental.

C'est même peut-être l'une des courses les plus intéressantes de ta saison à analyser.

Parce que tu as peut-être développé quelque chose que le chrono ne mesure pas : ta capacité à rester lucide quand les choses ne se passent pas comme prévu.

La course où tu réussis ton objectif, mais où tu n'as pris aucun plaisir

L'autre cas de figure est plus difficile à repérer.

Tu atteins ton objectif.

Le chrono est bon. Tu peux même avoir amélioré ton record.

Mais tu as vécu la course dans la crispation.

Stress avant le départ. Dialogue intérieur négatif. Comparaison permanente avec les autres. Peur de ralentir. Sensation de subir la course plutôt que de la vivre.

Le résultat masque alors le problème.

Parce que si tu regardes uniquement le chrono, tu vas naturellement vouloir reproduire cette course la saison prochaine.

Alors que ce que tu devrais peut-être chercher à reproduire, c'est le résultat sans toute cette pression autour.
Si cet écart entre ce que tu montres à l'entraînement et ce que tu vis en course te parle, j'en parle plus en détail dans Pourquoi tu performes mieux à l'entraînement qu'en compétition.

La sortie où tu as failli tout arrêter alors qu'il n'y avait aucun enjeu

Pas une course.

Un mardi soir. Une sortie longue. Seul. Sous la pluie. Fatigué après une journée de travail.

Aucun dossard. Aucun classement. Personne pour te regarder.

Et pourtant, c'est là que tu as touché le fond mentalement.

Tu as pensé à rentrer. Tu t'es demandé pourquoi tu faisais ça. Chaque kilomètre est devenu interminable.

Ces moments sont souvent absents des bilans de saison parce qu'ils ne figurent dans aucune statistique.

Pourtant, ils peuvent t'apprendre beaucoup sur ta manière de gérer la fatigue, la solitude, l'ennui ou le doute quand rien ne vient te porter.

Les questions à te poser avant de fixer tes objectifs de l'an prochain

Avant de rouvrir un tableau Excel pour choisir ton prochain objectif de temps, prends quelques minutes pour revenir sur des moments précis de ta saison.

Pas sur ta saison « en général ».

Sur des situations concrètes.

  • Qu'est-ce qui m'a fait le plus peur cette saison, et qu'est-ce que j'ai fait de cette peur sur le moment ?

  • Est-ce que j'ai couru pour moi, ou pour ce que mon entourage, mes amis ou mes abonnés allaient en penser ?

  • Qu'est-ce que je répète course après course, sans jamais vraiment le corriger ?

  • À quel moment de la saison ai-je ressenti le plus de plaisir, et qu'est-ce qui était différent ce jour-là ?

  • Est-ce que mon objectif de l'an prochain part d'une vraie envie, ou d'une comparaison avec quelqu'un d'autre ?

  • Dans quelles situations est-ce que je commence systématiquement à douter ?

  • Qu'est-ce que je fais quand ma course ne se déroule pas comme prévu ?

Ces questions ne sont pas là pour te donner immédiatement une réponse.

Elles servent à faire apparaître un schéma.

Peut-être que tu pars systématiquement trop vite dès que tu te sens bien.

Peut-être que tu commences à douter dès qu'un autre coureur te dépasse.

Peut-être que la moindre baisse de régime te fait penser que ta course est en train de basculer.

Ou peut-être que tu es capable de très bien gérer la pression à l'entraînement, mais que tout change dès qu'il y a un dossard et un objectif important.

Ce sont ces répétitions qui deviennent intéressantes.

Parce qu'un schéma qui se répète trois courses de suite ne se corrige pas simplement en changeant de plan d'entraînement.
Si l'une de ces courses t'a particulièrement marqué négativement, ça vaut aussi le coup d'aller lire Après une mauvaise compétition : pourquoi le mental craque… et comment rebondir.

Le bilan ne sert pas seulement à comprendre ta saison passée

Il sert aussi à préparer la suivante, pas en fixant un chiffre tout de suite, mais en interrogeant ce qui va porter cet objectif.

La question est simple : est-ce que cet objectif vient vraiment de toi ?

Parce qu'il y a une différence entre vouloir progresser parce que tu aimes ça, parce que tu as envie de te tester, parce que le terrain te plaît… et vouloir atteindre un chrono parce que tu as l'impression que c'est ce qu'il faudrait faire à ton niveau.

Dans le premier cas, tu t'appuies davantage sur une motivation qui vient de toi. Dans le second, tu dépends davantage du regard extérieur.

Pourquoi cet objectif, et pas un autre ?

Se demander "pourquoi cette course" est souvent plus utile que se demander "quel chrono".

Ce parcours te fait rêver depuis longtemps ? Des amis y participent ? C'est la suite logique de ta progression ? Tu veux te prouver quelque chose après une saison compliquée ?

Aucune de ces raisons n'est meilleure qu'une autre en soi. Mais les connaître te permet de savoir ce que tu es prêt à sacrifier pour cet objectif, et ce qui te fera tenir dans les moments plus difficiles de la préparation.

Quelles intentions tu veux porter, pas seulement quel objectif atteindre

Un objectif, c'est un résultat. Une intention, c'est une manière d'être en chemin vers ce résultat.

Tu peux viser le même chrono que l'an dernier avec une intention différente : rester plus présent pendant l'effort, moins comparer ta course à celle des autres, accepter plus vite un imprévu plutôt que de lutter contre.

C'est souvent cette intention-là, plus que l'objectif chiffré, qui détermine si tu vas prendre du plaisir sur ta saison ou la subir.

Est-ce que cet objectif rentre réellement dans ta vie ?

Un objectif ambitieux demande du temps, de l'entraînement et de la récupération. Avant de le choisir, demande-toi aussi si tu as réellement les ressources pour le préparer sans que celui-ci devienne une source permanente de pression.

Ce que je fais avec mes athlètes à cette période de l'année

À cette période, je ne commence pas par le chiffre de l'objectif.

Je commence par ça : la motivation profonde, les intentions, ce que ça va coûter en temps et en énergie.

On revient aussi sur des situations précises de la saison passée : une course, une sortie, un moment de doute, une période où tout fonctionnait particulièrement bien.

L'objectif est de faire émerger ce qui te motive vraiment et les schémas qui se répètent, pour comprendre ce qui se joue derrière.

Ensuite seulement, on peut transformer ces constats en objectif et en axes de travail pour la saison suivante.

Tu veux faire ton propre bilan de saison ?

Tu peux commencer seul, avec les questions proposées dans cet article.

Et si tu veux aller plus loin, je propose un premier échange gratuit de 30 minutes pour revenir sur ta saison, identifier ce qui se répète et voir comment travailler ces points pour la suivante.

FAQ

Faut-il faire un bilan mental même après une bonne saison ?

Oui. Une saison réussie sur le papier peut masquer un vécu mental compliqué : stress permanent, plaisir absent, pression excessive ou schémas qui finiront par te coûter cher à moyen terme. Le bilan mental n'est pas réservé aux mauvaises saisons.

Quand faire ce bilan de fin de saison ?

Idéalement dans les semaines qui suivent ta dernière course, pendant que les sensations et les souvenirs sont encore précis. Attendre plusieurs mois peut faire perdre certains détails utiles.

Est-ce que je peux faire ce bilan seul, sans accompagnement ?

Oui. Se poser les bonnes questions et noter des situations précises est déjà un premier pas utile. La limite du bilan en solo, c'est qu'on a souvent du mal à repérer ses propres schémas lorsqu'ils se répètent. Un regard extérieur peut alors aider à les mettre en évidence.

Le bilan mental sert-il uniquement à fixer un objectif de temps ?

Non. Et c'est même l'inverse. L'objectif est d'abord de comprendre ce qui a fonctionné ou non mentalement, indépendamment du chrono. L'objectif sportif de la saison suivante vient ensuite.

Est-ce adapté aux coureurs amateurs, ou seulement aux compétiteurs ?

Aux deux. Un coureur amateur qui court pour le plaisir a autant à gagner à comprendre ce qui a nourri ou abîmé ce plaisir cette saison qu'un compétiteur qui vise un chrono précis.


Hugo Rachel — Préparateur mental à Annecy et moniteur de ski.

Prépa mentale pour sportifs d'endurance et outdoor : trail, triathlon, ski, eau libre.

Suivant
Suivant

Comment retrouver confiance après une chute en ski, en trail ou en montagne ?